LA CLÔTURE D’URBAINES A ILLUMINÉ L’ANTIPODE !

C’est du 20 février au 10 mars 2019 que s’est déployée Urbaines sur le territoire rennais. Bastion de la scène hip hop depuis 10 ans, le festival s’emploie à promouvoir toutes les formes de street culture autour de mutiples rendez-vous qui se veulent fédérateurs. Le festival est polymorphe : ateliers et battles de danse, concerts, expositions, projections… En toile de fond, la volonté d’émulation autour de ces champs artistiques et inciter les publics à pratiquer par eux-même. Ce qui est intéressant dans ce festival, c’est bien sa formidable diversité, d’autant plus que la qualité est toujours au rendez-vous.

Pour sa soirée de clôture et cette année encore les Urbaines font la part belle à la musique électronique. Les commandes sont confiées à deux collectifs rennais qui s’occupent de concocter un plateau électronique des plus pointus. Le collectif Indigo, dont le projet artistique se situe à la croisée entre rap et musiques électroniques s’allie donc à Silent Kraft, fer de lance de la techno à Rennes depuis 2014. Et la rencontre est brûlante ! Les deux salles sont investies et ce sont 630 personnes qui viendront fouler le sol de l’Antipode ce soir là. Le programme de la grande salle 100% techno avant-gardiste s’articule autour de Machine Woman, DJRum et J-Zbel tandis que la deuxième accueille de talentueux artistes locaux avec Julien de Castilho de Silent Kraft, Pura Pura de Nuits Indigo et les compères de Pump Up the Volume, l’émission Hip Hop de C-Lab. La conception de la scénographie aux motifs énigmatiques et colorés est entre les mains de A/L Creation, graphiste du crew Indigo, tandis que la direction artistique est confiée à Arnaud Laly.

Machine Woman s’occupe donc de lancer les hostilités. D’origine russe, ayant vécu à Londres et maintenant à Berlin, l’artiste prolifique fait parler d’elle : programmée aux meilleurs événements de Londres à Tokyo, sa track “Have You Been To Salford Shopping Centre, Have You Seen Argos?” est classée parmi les meilleures tracks de janvier selon Resident Advisor. Elle insufle au public un air de techno expérimentale savamment maîtrisée, rythmée par des sonorités glitchy et grinçantes. La passation de pouvoir s’effectue devant une salle déjà bien remplie, comme c’est souvent le cas dans la mythique salle de l’Antipode.

Puis le tant attendu DjRum s’installe dans une atmosphère voluptueuse. Ceux qui, comme moi, n’avaient pas eu l’opportunité de le voir à Astropolis en février se délectent de voir l’étoile montante de la techno-garage UK poser ses skeuds à Rennes. Et il est là où on l’attend ! Breakbeat teinté d’acid, cymbales percutantes, vocaux house, sonorités jungle, le set est à la hauteur. Mieux encore, c’est un fin alliage de ce qu’on voulait entendre et d’inattendu. On aura eu l’occasion de danser sur “Sex”, track charnière de son dernier album “Portrait with Firewood” signé sur R&S avant qu’il ne twist totalement la salle en balançant un remix de “Sex Machine” de James Brown, bordel ! La soirée bat son plein, Julien de Castilho aligne la petite salle sur la même ambiance techno après des sets hip hop chaleureux et contrastants.

Mais cette soirée n’était pas sans compter sur J-Zbel, les 3 zigotos du label Brothers From Di erent Mothers. Oui, celui-là même qui abrite Dj Normal 4, The Pilotwings, Simo Cell pour ne citer qu’eux. Bref, toutes les pointures du moment. Ce soir là, ils ne sont que deux, ce qui induit de laisser tomber le live initialement prévu pour s’atteler à un dj set. Les basses sont exponentielles : “Ah, ça rigole pas !”. Derrières les foulards qui cachent leurs visages, les mecs balancent le fameux “3 Litres de Vodka” d’Evil Grimace pour seulement commencer à achever la salle en furie. Puis s’enchaînent une acid tonitruante, des scratchs maîtrisés, des sonorités hard rock mêlées à du break, puis de la trap, sans omettre de balancer de la dance des années 90. On ne sait plus où donner de la tête ! Cadence effrénée pour ces deux dernières heures de la soirée. En définitive, vous n’aurez jamais vu un set aussi éclectique et enivrant.

Cette année encore, la clôture des Urbaines fût haute en couleur, proposant un plateau fouillé et talentueux à destination d’un public pour le moins connaisseur, mais peut être plus difficilement abordable pour certains qui se sont montrés moins réceptifs. Quoi qu’il en soit, nous, on a adoré !


Crédits photographiques : Jean-Adrien Morandeau

Reportage : Pauline Bellec