INTERVIEW : YANOSH

C’est à l’occasion d’une virée à Caen pour une soirée Karisma que nous avons fait la connaissance de Yanosh. Au détour d’un dîner au Mooky’s, une table parfaite pour les amateurs de bonne bouffe et de bons vins, nous avons vite compris que nous avions affaire à un connaisseur, à quelqu’un qui sait apprécier la vibe des bonnes soirées. Il fallait qu’il passe sur Fresh Flavour … c’est le cas désormais.

Monsieur Yanosh … On a presque envie de t’adouber comme les lords anglais quand on voit ce que tu as fait dans la région depuis ces dernières années ! La dernière édition de Nördik Impakt s’est-elle bien déroulée ? Quel est ton ressenti sur le festival cette année ?

YANOSH : tout d’abord merci à Fresh Flavour de m’avoir invité, oui, effectivement ce fût une bien belle édition cette année, on dira qu’après quelques tumultes et un bref moment d’égarement, notre festival a retrouvé ses lettres de noblesse. En ce qui concerne la cérémonie d’adoubement, vous pouvez prévoir une grande salle parce que nous sommes un paquet. Nous sommes toute une équipe pour organiser ce festival, je ne suis qu’une petite pièce dans une grosse machine, mais chaque élément est utile. Il est essentiel d’écouter l’expérience et le savoir de chacun car ne l’oublions pas, nous sommes une association alors qui dit association dit association de forces et d’idées.

Tu bosses donc pour Nördik mais tu es aussi derrière SystemiK. Quelle est la différence entre ces deux entités, quels en sont leurs objectifs ?

Je fais parti du conseil d’Administration d’Art’s Attack! Notre association gère le Cargö, qui est la salle des musiques actuelles de Caen où travaillent 18 personnes salariées de l’association et nous organisons le festival Nördik Impakt, mais ce n’est qu’une infime partie de l’implication culturelle de notre association au sein du territoire, nous accompagnons les artistes émergents jusqu’à l’aboutissement de leurs projets, nous avons accompagné Fakear, Orelsan et bien d’autres et quand on voit où en sont leurs carrières, on ne peut qu’être fiers d’en être en partie pour quelque chose. Systemik était un projet associatif commencé en 2006, nous avons pas mal agit sur la ville au niveau de la musique et l’organisation de soirées, nous avons notamment organisé Nördik Incity mais cette asso n’est plus… On se sera bien marrés en tous cas !

Dans ton portrait dressé sur notre premier article à ton sujet, tu as fait une parenthèse à Paris et même Berlin. Découvrir la culture électro dans les années 1990 et aujourd’hui, tu penses qu’on prend la même claque où la fête est devenue clairement autre chose ?

Je suis parti à Paris pour travailler, j’y ai vécu les folles années du début de la musique électronique en France, mais je n’y allais pas pour ça. Ensuite ce sont les mêmes raisons qui m’ont mené en Allemagne, le phénomène était déjà bien en marche là bas. Je n’étais pas à Berlin même, mais on y allait régulièrement faire la fête, le mouvement était présent partout, pas seulement à Berlin. Il y a toujours de la magie au début d’un mouvement, le fait de découvrir et de s’émerveiller de tout ce que tu vois fait que ce moment est particulier et tu te sens privilégié d’être au bon endroit au bon moment ! On se contentait d’une scène avec quelques lights, du son dans un endroit un peu underground et on avait passé une soirée parfaite : des mecs crachaient des flammes dans un coin, d’autres jonglaient, les performances faisaient parties du truc et chacun venait montrer son art ! C’était gratuit, le star system n’était pas installé, les DJs venaient par plaisir, pas pour l’argent, l’état d’esprit n’est plus du tout le même, les cachets d’artistes ont explosé…. Il faut montrer gros pour satisfaire les gens de nos jours et en scénographie et en programmation, il y a des festivals partout en Europe et dans le monde et c’est la surenchère de débauche de moyens pour émerveiller le public qui en devient presque blasé à mon goût. Mais ce n’est pas pareil pour tout, plus on s’habitue aux belles choses, plus on est demandeur, c’est sans fin… Après, la fête est ce qu’on a envie qu’elle soit, tu choisis de faire ta soirée pour profiter de ce que tu as envie, certains viennent pour le son, certains viennent pour danser, certains viennent pour être là et d’autres pour se défoncer, ça a toujours été comme ça et dans tous les mouvements, le rock, le reggae …

Non, la fête n’est plus la même à mon sens.

Il y a toujours ce débat entre vinyle et numérique, technique et tracklist … La concurrence DJ est rude. Qu’est-ce que tu penses de tout ça, qu’est-ce qu’un bon DJ pour toi ?

C’est très subjectif le sentiment de bon et mauvais Dj, suivant ce que tu aimes. Tu ne ressens pas les mêmes choses que quelqu’un d’autre face à un même artiste. C’est pour cela qu’on va dans un certain style de soirée, écouter un style de son, c’est pas parce que tu n’apprécies pas le style musical qu’un mec joue qu’il est mauvais, pour moi un bon Dj. C’est un mec qui a su trouver son public et lui raconter des choses, à partir du moment ou tu parles à quelqu’un et qu’il est réceptif à ce que tu lui transmets. Le contrat est rempli, tu écoutes quelque chose qui ne t’es pas proposé au bon moment dans le cadre qui va bien, entouré des bonnes personnes, tu n’apprécieras pas quelque chose que tu aurais aimé dans d’autres circonstance. Donc je pense que chaque musique a son heure et son endroit. Par contre quand un mec est vraiment mauvais je pense que le sentiment est unanime au moment de l’écoute : un set non structuré avec des gros pains dedans, là on ne parle plus de même chose, c’est une erreur de la personne qui a programmé ce mec et ce sont à ses soirées qu’il ne faut plus aller. En ce qui concerne ce débat entre vinyle est numérique, je laisse le choix aux mecs qui ont les moyens de payer 10 balles pour avoir un seul morceau et qui ont suffisamment de muscles pour se coller 30 Kg de disques de le faire. Pour ma part je n’ai clairement plus les moyens d’acheter tous les morceaux que j’aime en vinyle et plus l’envie de porter des charges inutilement. Le numérique offre des possibilités logistiques quand même vachement confortable, il serait dommage de s’en priver, j’achète tous mes morceaux en wave, aucun téléchargement. Il faut vivre avec son temps, la technologie propose des approches différentes à la musique, moi je suis de ceux qui sont friands et à l’écoute de la nouveauté !Je n’ai rien a prouver à personne en matière de maniement des K2, elles sont toujours en activité chez moi, mais j’ai choisi de voyager léger, une clé USB, c’est quand même le bonheur, tu peux jouer partout, on ne sait jamais !

La technique c’est bien, mais si t’as pas les morceaux qui font danser les gens, ça sert pas à grand chose, donc il est utile d’avoir les deux non ?

Comment te sens-tu quand tu passes aux platines, quelle empreinte souhaites-tu laisser au public, est-ce la même qu’à tes débuts ?

Un peu le trac comme toute personne soucieuse de bien faire et c’est à mon sens un sentiment normal et humain, le jour ou tu n’as plus ça je pense que tu perds quelque chose. Être sûr de soi empêche de se remettre en question et de se renouveler.
Pour ma part, c’est comme au début. L’empreinte que je souhaite laisser au public est le partage d’un bon moment de musique, nous sommes des amuseurs publics, il ne faut pas se mentir. A notre niveau nous ne sommes là pour éduquer personne, des mecs produisent des morceaux chaque jours, eux font la musique actuelle, ce sont des créateurs de tendances. Il y en a d’autres qui font un remix tous les 2 ans, qui ne jouent nulle part ou si rarement et qui se sentent nantis d’une mission éducative quand ils jouent. Il faut savoir se tenir à sa juste place et toujours prendre du plaisir en jouant ! Si tu ne t’amuses pas, que tu ne lèves pas la tête pour voir les gens et que tu restes dans ton truc, il ne se passe rien, si une jour j’en arrive à ne plus m’éclater quand je joue, ce sera le signe qu’il faut arrêter!

Quels sont tes artistes de référence, qu’ont-ils de plus que les autres ?

Y’en a tellement, on parle de références en matière de musique ou de musique électroniques ? J’aime tout, j’aime le Rock, le Hard Rock, le Jazz, le Blues, la Funk, la soul, la Musique Classique, J’aime la musique en fait ! Donc nombreuses sont mes références dans ce domaine, c’est écrit dans la bio qui a été publiée dernièrement. Si on parle d’électro, c’est pareil il y en a beaucoup, il y en a toujours de nouveaux puisque nombreux sont les artistes émergents, on dira que les bases sont les mêmes que les vieux de mon âge. Laurent Garnier évidemment qui pour grand nombre d’entre nous est le padré, le pape, le patron, Jeff Mills, Juan Atkins, Sven Väth, Richie Hawtin et beaucoup d’autres… Ce sont des références, mais pleins de Dj après sont arrivés en apportant leur pierre à l’édifice et personne n’a démérité, même si on les entends moins ou plus du tout, ils ont fait avancer le Schmilblick !

Tu as la culture électro dans les veines, tu connais la scène française. Est-ce que tu bouges un peu à l’étranger, est-ce que tu as eu l’occasion de faire quelques festivals ?

Je n’arrête pas, j’ai la chance d’avoir à mes côtés une femme qui partage la même passion que moi et une bande d’amis énormes qui sont toujours partants pour aller faire les cons ailleurs. Time Warp en Hollande et en Allemagne, Awakenings en Hollande, Sonar à Barcelone et régulièrement on s’en met un nouveau histoire de voir comment ça se passe. Je conseille à tous ceux qui aiment la musique et aux organisateurs de soirées et de festivals, d’aller voir ailleurs ce qui se passe, prendre quelques conseils d’organisation, tant de ces petites choses et attentions toutes simples et faciles à mettre en oeuvre et qui font que tu passes des moments inoubliables.

Tu vis sur Caen donc tu connais forcément le coin. Quelqu’un qui souhaite passer un week-end en Normandie, quel est le programme que tu lui concocterais ?

Tout dépend du week-end qu’il a envie de passer, mais évidemment je lui conseillerais de venir déguster quelques délicieuseries gustatives et vinicoles dans mon établissement et je lui dirait de choisir son week-end un soir ou il y a un concert programmé au Cargö.

2017 c’est dans quelques semaines. Quelque chose semble se prépare non ? 

Oui, effectivement quelque chose se prépare, mais on garde encore un peu de suspense. Je vous promets l’exclusivité en même temps que nous l’annoncerons officiellement ! Vive la musique et vive la fête et merci pour ce moment passé avec vous !

Photos : Fresh Flavour @ Yanosh